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25 Apr

lecture : Une nouvelle vie

Publié par kekeli  - Catégories :  #lecture

Encore une nouvelle écrite par Bibi et publiée sur le magasine "Maxi"

lecture : Une nouvelle vie

Une nouvelle vie

Ce matin, je suis très en forme. Ca faisait longtemps que je n'avais pas passé une aussi bonne nuit, mais il faut dire que depuis hier, ma vie a pris un grand tournant. Il y a quelques mois, Bertrand m'a demandé de vivre avec lui. Seulement, je ne me sentais pas prête à trahir mon mari ! Pourtant je me suis finalement décidée à refaire ma vie avec Bertrand. Et mon mari ? Eh bien, la réponse était toute trouvée : j'allais m'en débarrasser. Bien sûr, ce n'est pas de gaieté de cœur que j'allais faire cela, mais je n'avais pas le choix. Je n'en pouvais plus de vivre ainsi, tiraillée entre les promesses d'un amour mort et les certitudes d'une passion bien vivante.

Lorsque je l'ai épousé, Ronald n'était déjà plus tout jeune. C'était un bel homme d'âge mûr, aux tempes grisonnantes, avec une jolie situation, et qui m'offrait une vie dorée. Comment la jeune fille que j'étais à l'époque aurait-elle pu résister ? Pourtant, il ne faut pas croire que c'est l'argent qui m'attirait ! Je l'aimais, mon mari, et j'ai passé avec lui des années merveilleuses. Ronald était un riche chef d'entreprise qui réglait la plupart de ses affaires par téléphone. J'avais l'impression qu'il était toujours en vacances. Les premières années de notre mariage avaient été magiques : séjours dans des îles de rêve, voyages, croisières… avant de vivre cela, je n'aurais même pas pu imaginer que c'était possible. Malheureusement, le bonheur a pris fin brutalement avec la maladie de Ronald. En moins d'un an, il est devenu grabataire. Dieu sait pourtant qu'il en a consulté, des médecins, mais en vain. Il a perdu rapidement ses forces et, impuissante et malheureuse, je l'ai vu dépérir de jour en jour. Lorsqu'il s'est retrouvé en fauteuil roulant, conscient de sa déchéance physique, il a voulu me rendre ma liberté, mais j'ai refusé de le quitter, lui promettant de rester à ses côtés pour toujours, de le garder tout le temps avec moi. Ensuite, petit à petit, il a perdu la possibilité de parler. Lorsqu'il voulait me dire quelque chose, il devait l'écrire sur une ardoise. Jusqu'à ce qu'il perde peu à peu l'usage de ses membres supérieurs, comme il avait perdu auparavant celui de ses jambes. Je dus alors le nourrir à la petite cuillère en faisant bien attention à ce qu'il ne s'étouffe pas. Cela me prenait énormément de temps, mais je l'aimais, et j'aimais m'occuper de lui.

Par moment, je me demandais s'il avait toujours conscience de ce qui se passait autour de lui, mais il me suffisait alors de regarder l'éclat de ses yeux pour me convaincre que son cerveau était intact et qu'il fonctionnait même très bien. Je pense qu'il devait être vraiment très malheureux de ne plus pouvoir communiquer avec le monde extérieur, car Ronald, prisonnier de son corps devait se sentir bien seul.

Tous les jours, je poussais son fauteuil roulant jusqu'au bord de la falaise, et là, je l'installais face à cet océan qu'il aimait tant. Je m'installais sur un banc à ses côtés et je lui racontais mes journées, la vie en ville, les touristes lorsque l'été était revenu et que les vacanciers débarquaient dans notre petite ville bretonne. J'aurais pu vivre ainsi jusqu'à la fin de mes jours, ni heureuse ni malheureuse, mais le destin en a décidé autrement.

L'année dernière, ayant grand besoin de repos, je suis allée passer quelques jours chez mon amie Sandrine. Bien sûr, je n'ai pas emmené Ronald avec moi. Il est resté à la maison, mais j'avais pris mes précautions et je n'avais aucun souci à me faire. J'ai profité de ce séjour avec mon amie ; nous étions comme deux gamines, et j'ai retrouvé le goût de rire et de plaisanter. C'est pendant cette courte récréation dans ma vie que j'ai rencontré Bertrand. J'avais depuis si longtemps été privée d'amour et de tendresse que nous sommes très rapidement devenus amants. Depuis, nous nous rencontrons deux fois par semaine dans un petit hôtel discret de la région, car je ne tiens pas à ce que les commères du coin piétinent ma réputation de femme fidèle et dévouée. Bertrand s'est montré très conciliant au début de notre relation, mais il devient de plus en plus exigeant. Il a très envie de fonder une famille avec moi, d'avoir des enfants, et il me demande souvent de prendre enfin une décision. Je sais bien que si je refuse de donner à Bertrand ce qu'il attend de moi, je risque de le perdre, et cela, il n'en est pas question. Je l'aime et je ne veux pas du tout laisser passer le bonheur qui est à portée de ma main. Alors, hier j'ai annoncé la bonne nouvelle à Bertrand. Oui, j'allais vivre avec lui. Et tant pis pour mon mari ; j'avais déjà tout prévu dans ma tête pour le faire sortir de ma vie.

En fin d'après-midi, j'ai mis ma plus jolie robe pour faire honneur à mon mari, à mon premier amour. Je me suis maquillée soigneusement, et lorsque j'ai été satisfaite de l'image que me renvoyait mon miroir, je suis allée chercher Ronald et nous sommes partis ensemble vers la falaise. Je marchais lentement, en prenant le temps d'expliquer à mon mari ce qui se passait dans ma vie. Pour un peu, j'aurais voulu qu'il m'encourage, mais je savais qu'il aurait été bien en peine de me répondre.

"Tu comprends, je n'ai que trente ans, et j'ai très envie d'avoir des enfants. Nous n'en avons pas eu ensemble, et cela me manque terriblement. J'aime Bertrand, il fera un mari et un père formidable. Je veux donc vivre avec lui, mais pour cela je dois me séparer de toi. J'espère que tu me comprends. En même temps, c'est un geste d'amour que je vais avoir pour toi : je vais exaucer un de tes vœux. Tu m'as toujours dit que tu aurais aimé mourir en naviguant, englouti par l'océan. Ta maladie n'a pas voulu que tu meures ainsi ; je vais réparer cette injustice le mieux que je peux. Je vais donc te jeter dans cet océan que tu aimes tant. Notre belle histoire d'amour va ainsi s'achever et je pourrai passer à une autre étape de ma vie…"

Arrivée au bord de la falaise, j'ai pris le temps de prononcer une prière. J'étais sincère; J'ai senti les larmes me monter aux yeux en ouvrant l'urne que je garde très précieusement depuis que je suis veuve. Et j'ai jeté les cendres de mon mari dans les vagues.

FIN

lecture : Une nouvelle vie

Je vous donne le lien de mes deux précédente publications

Grosse rancune (voir ici)

la cheminée prussienne (voir ici)

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Nell 20/01/2016 19:29

On ne se doute vraiment pas du dénouement jusqu'aux trois dernières phrases et c'est génial. Tu as, c'est certain, un bon coup de crayon, non de stylo. Il faut continuer à en diffuser. As-tu l'idée de faire un "recueil" de plusieurs de tes nouvelles réunies et de les proposer à une maison d'édition? Je sais que ce n'est pas facile mais cherche bien la maison avec une ligne éditoriale qui l'inclue. Bien belle soirée, Kekeli et gros bisous

guy59600 25/04/2015 15:22

très émouvant ton récit mais c'est vrai que lorsque l'ont n'ais encore jeune il serrait dommage de ne pas en profiter et dans ton récit tu as tout fais pour qu'il parte tranquillement et tu t'ai toujours occupé de lui je pense que d’où il est parti il ne t'en voudras pas de refaire ta vie en tout cas du a un joli don pour nous faire de si beau récit
bisous

Marie-Thé 25/04/2015 13:56

Superbe, on ne s'attend pas à ce dénouement, plus à un côté machiavélique.
Il faut arriver à faire son deuil, que cela soit son mari, femme ou personne à qui on tenait énormément et passer à autre chose car la vie continue et quelquefois on s’aperçoit bien trop tard que l'on est passé à côté de beaucoup de chose.
Bisous et bon week-end, nous il pleut

mamimijane 25/04/2015 13:30

c'est émouvant ,
pour refaire sa vie ,il faut d'abord faire le deuil de son premier amour,
x....la fait en versant les cendres de son premier mari dans l'océan.
les beaux jours reviennent toujours après la tempête.
bon week-end bizzzzzzzz

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